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François-Marie Caron, « Les assistants vocaux ne peuvent pas remplacer les parents »

Le smart speaker et son intelligence artificielle est entré dans tous les foyers. Presque comme un membre virtuel de la famille pour répondre à des questions, fournir des informations et remplir un certain nombre de tâches. Si les adultes sont conscients qu’il s’agit bien d’une machine, qu’en est il des plus petits qui parlent avec cette étrange boîte qui leur répond. Le Journal de la Voix a demandé au Docteur François-Marie Caron, ancien Président de l’Association Française de Pédiatrie Ambulatoire (AFPA) ses recommandations sur cette question du rapport des tout petits avec les enceintes connectées et l’intelligence artificielle.

Ventes record pour Amazon au Black Friday

Le marché de la maison connectée a connu une vraie explosion en 2018 par rapport à l’année précédente. Un rapport anglais annonce plus de 23% d’augmentation avec près de 90 millions d’appareils vendus. Parmi ces appareils, il y a bien sur les enceintes intelligentes qui ont établi des ventes record lors du dernier Black Friday de novembre. Notamment pour Amazon. Et les prévisions vont vers plus croissance de la présence des ces appareils dans nos intérieurs.

« 2018 aura été l’année d’introduction des produits au sein des foyers des consommateurs. Amazon et Google ont excellé dans ce domaine grâce à des haut-parleurs intelligents à bas prix et à des offres multiples couvrant différentes catégories d’appareils », a expliqué Jitesh Ubrani, le directeur de recherche pour le programme Mobile Device Trackers chez IDC.

Il semble que les utilisateurs aient une relation « amicale » avec leur Amazon Echo ou leur Google Assistant. Ils leurs posent des questions amusantes, s’informent en plus de l’utilisation de pure domotique. Une étude du Kelton Research Study montre même que 39% des familles utilisant une Google Home ont le sentiment d’être mieux organisées.

Un jouet amusant mais avant tout un jouet

François-Marie CARONCette présence de plus en plus importante des hauts-parleurs intelligents pose déjà la question de leur rapport avec les plus jeunes. Pour le Docteur Francois-Marie Caron, pédiatre, ancien Président de l’AFPA et référent pour les nouvelles technologies, il faut être clair sur cet appareil « L’enceinte connectée est un jouet, un jouet rigolo, amusant, mais cela reste un jouet. »

Certains pourraient penser qu’il s’agit plus que d’un jouet. Déjà, dans la boutique Amazon, de nombreuses skills sont destinées aux tout petits, pour raconter des histoires, apprendre à compter ou reconnaître des sons ou des cris d’animaux. Là encore, le pédiatre tient à mettre en garde. « Je ne vois aucun intérêt éducatif ou autre, supérieur à un jeu de cube par exemple. Parce qu’il n’y a pas d’autre interaction que vocale. De plus il s’agit d’une interaction algorithmée donc non humaine. Cela doit donc rester un jeu et personnellement je trouve cela très amusant. »

La génération des enfants est là première qui va grandir en compagnie de l’intelligence artificielle. Avec le risque comme dans le passé avec la télévision, de voir les assistants virtuels jouer le rôle de baby-sitter.

« C’est une fonction largement décriée et qui pose beaucoup de problèmes. C’est une passivité complète, sans imagination. Il est préférable qu’un enfant invente, fabrique et crée plutôt qu’il soit passif devant l’appareil. La différence entre Alexa et un écran de télé est que devant l’écran, l’enfant de moins de 2,5 ans ne comprend rien. Il est scotché par les images qui vont trop vite pour qu’il en comprenne le sens. Heureusement qu’il a la musique qu’il peut reconnaître. Avec Alexa, il n’y aura que de l’histoire racontée. Mais lire des histoires avec une personne humaine qui aura la bonne intonation, qui pourra s’arrêter, laisser regarder les images est plus interessant qu’avec une voix robotisée qui va « balancer » l’histoire sans interaction, sans qu’on puisse la changer. On impose une histoire à un enfant sans qu’il puisse l’interrompre, sans pouvoir la recommencer. Certains algorithmes le font peut-être mais ce n’est pas la règle pour le moment. »

Privilégier les rapports humains

Un autre reproche que l’on a vu pointer ces derniers temps, est celui du rapport aux autres personnes. Certains détracteurs, affirmant que s’habituer à donner des ordres à ces assistants vocaux pourrait avoir un impact sur les enfants dans leur relation à d’autres personnes physiques, comme les rendre impolis ou agressifs.

L’ancien Président de l’AFPA, se veut rassurant. « Il faudrait avoir une réelle pauvreté d’environnement pour que cela ait une vraie incidence. L’enfant est parfaitement conscient qu’il parle à une machine. Il peut s’énerver de la même manière qu’il le fera avec ses jouets ou ses poupées. Mais cela ne va pas au-delà. »

Si le docteur Caron tient à mettre en avant l’importance des rapports humains pour les enfants « C’est tellement plus enrichissant de jouer en trois dimensions avec des cubes que de jouer sur un écran. Il faut faire attention à toute cette technologie, qu’elle n’envahisse pas le quotidien. » Il ne rejette pas totalement la responsabilité sur les appareils mais soulève la question de la parentalité. « Il y a des technologies qui sont très créatrices. J’aurais bien aimé avoir certains jeux vidéos qu’on voit aujourd’hui. Il y a des jeux extraordinaires, tout n’est qu’une question d’usage. Il faut raison gardée et que la parentalité reste primante. Il faut donner l’exemple et leur apprendre à l’utiliser. »

Et finalement, s’il y a un risque pour les enfants, ce n’est pas l’appareil qui est responsable mais plutôt la manière dont on l’utilise. « On nous fait croire qu’il n’y a plus d’écran et donc plus le danger de l’écran. Mais ce n’est pas l’écran qui est dangereux, c’est l’usage qu’on en fait. » et le Dr Caron de réaffirmer « Ces appareils ne peuvent pas remplacer l’interaction humaine, loin de là. Ça peut être un bon complément, mais pas un remplacement. On peut trouver amusant de pouvoir poser des questions. Mais si on pense l’utiliser à des fins éducatives, on se moque du monde. C’est uniquement un argument de vente. »

Et de conclure « A part la collecte d’informations qui peut poser de vraies interrogations et des craintes sur le vie privée, ces enceintes connectées sont des jouets amusants. Mais ils ne doivent pas tout remplacer, et surtout pas l’humain. Et le vrai risque est que les parents les utilisent pour occuper l’enfant pendant qu’ils vont jouer à Candy Crush. »

C’est sans doute comme cela qu’il faut aborder les enceintes connectées. Des appareils qui peuvent rendre de nombreux services, pour la domotique, les informations et quelques activités ludiques. Quand nous parlions au départ, d’un membre de la famille virtuel, il convient de ne pas oublier le mot virtuel.

Parce que même si les Amazon Echo ou Google Home peuvent faire beaucoup de choses, ils sont et ne restent que des machines. Il convient donc de ne pas se tromper de cible quand on veut remettre en question leur utilisation.

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