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L’Éducation Nationale lance un appel d’offre pour la Voix au sein de l’école

Le ministère de l’Éducation nationale a publié pendant l’été un appel d’offre passé (presque) inaperçu. Celui-ci concerne des « prestations d’ingénierie pédagogique pour la conception, la création et la mise à disposition d’un assistant vocal d’apprentissage de l’anglais pour les élèves du 1er degré”. Vous avez bien lu : l’éducation nationale compte introduire des assistants vocaux dans les classes du CP au CM2 afin d’aider les élèves à apprendre l’Anglais.

Bien entendu, le Journal de la Voix s’est procuré le dossier de l’appel d’offres. La lecture de ces documents nous a révélé plusieurs choses intéressantes.

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Corriger les problèmes d’accent des enseignants

Le besoin d’assistant vocal est lié à la prononciation disons « hasardeuse » de l’Anglais par les enseignants de premier degré. Comme l’indique le document lui-même « Cet assistant vocal d’apprentissage de l’anglais constitue une aide pour les enseignants ne disposant pas d’une maitrise experte de l’anglais.” Comme de nombreux linguistes vous diront que c’est à ces âges-là que l’oreille apprend à reconnaitre les sons et que l’oreille se « fait ». Mieux vaut donc que les élèves apprennent la prononciation correctement à travers une voix (probablement) de synthèse qu’avec un accent type Louis de Funès dans la Grande Vadrouille.

Cet assistant vocal devra par ailleurs être utilisable à la fois en classe et à la maison et « s’appuyer sur tous types de supports physiques » (smart speakers, ordinateurs, tablettes, smartphones). Le reste est assez traditionnel avec des spécifications de l’interface enseignant avec suivi de la performance des élèves.

Déploiement dans 32000 écoles à terme

Petit détail surprenant : la solution proposée doit « fonctionner sans être connectée à l’Internet (sic), mais en étant connecté en Wifi au matériel de l’enseignant ». Ce qui signifie donc que les contenus mais aussi l’intelligence artificielle en elle-même ne devra être disponible qu’en local et non dans le « cloud ». À ce jour, seul le Français Snips ou des acteurs spécialisés comme Nuance semblent être en mesure d’offrir de tels services. Amazon également dans une moindre mesure avec son kit Alexa Auto qui fonctionne partiellement en mode déconnecté.

De plus, le gagnant de l’appel d’offre devra « inclure la possibilité de former le système par les enseignants », une sorte d’IA apprenant des enseignants donc. L’assistant devra aussi offrir un mode multi-utilisateur et différencier les voix au sein d’un groupe d’élèves.

En termes de déploiement, l’appel d’offre comprend plusieurs étapes du prototype à la mise en service et fourniture des assistants vocaux et il est demandé aux soumissionnaires d’indiquer un prix de licence et ce pour un maximum de 32000 écoles. Le planning prévisionnel lui semble indiquer un déploiement des 500 premiers assistants vocaux dans la première année, pour ensuite monter en charge si les essais sont concluants.

Décalage entre demande de budget

Ce qui étonne le plus au final, est le décalage entre le niveau d’exigence assez élevé (sans mentionner les contraintes de type RGPD) et le budget alloué à cet appel d’offre. En effet, comme l’éducation nationale n’a budgété « que » 200000€ pour le projet sur une durée de 12 mois (reconductible), cela devrait avoir plusieurs impacts :

  1. Il est fort probable que les éditeurs de contenus éducatifs (ceux qui publient d’ordinaire les manuels scolaires) se basent sur des technologies existantes, telle Alexa d’Amazon ou l’Assistant de Google, voir Snips.
  2. Par ailleurs, il semblerait qu’il soit malheureusement impossible de répondre à toutes les demandes techniques avec une enveloppe aussi réduite et que des arbitrages devront être faits.

En conclusion, même si l’effort est à saluer, il est permis de douter de la faisabilité d’un tel projet au vu du fort décalage entre les demandes et le prix que l’Éducation nationale est prête à mettre. Sauf bien entendu si le but est de communiquer et créer un choc aussi bien auprès des enseignants, parents ou des Français en général sur les bénéfices de l’intelligence artificielle et de la Voix. Auquel cas, nous ne pouvons qu’applaudir l’initiative que nous ne manquerons pas de suivre.

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