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Oui les assistants vocaux nous écoutent. Et Alors ?

C’est reparti ! Après Amazon, c’est maintenant Google qui est au centre d’une polémique à propos de la protection de la vie privée. Son assistant vocal, comme celui d’Amazon avant, écoutent les personnes… à leur insu. Chaque jour de nouveaux articles viennent dénoncer les agissements des deux géants. Géants qui ont reconnu les faits. Les assistants vocaux nous écoutent. Et alors ?

Alors, les sites internet s’en donnent à coeur joie pour dénoncer ce comportement. Ici on peut lire « Google Assistant : la firme avoue écouter vos conversations avec son assistant vocal ». A noter l’utilisation du mot « Firme » qui n’est pas sans rappeler le titre du Best Seller de John Grisham, adapté au cinéma, qui dénonçait les agissements d’un cabinet d’avocats. Là on lira « Oui, vos conversations sont écoutées par des humains ».

Les verbes varient pour dire la même chose. Google « avoue », « confirme », « admet », « a avoué », « reconnait »… Autant de formules qui attestent de la culpabilité du géant américain. Parce qu’il est bien évidemment coupable.

Et on peut même lire ailleurs ce titre qui n’appelle aucune contestation :  « Bannissez d’urgence ces espions ».

Fermez le ban. Ite Missa est.

Alors oui tous les assistants vocaux, Siri, Alexa, Assistant, Cortana, Bixby et d’autres, écoutent les personnes. C’est même pour cela qu’il suffit de prononcer la formule d’éveil pour qu’ils répondent à nos questions et nos ordres. Sinon ils n’auraient aucune utilité.

Alors oui, les assistants vocaux enregistrent les conversations des personnes pour être analysées par des intelligences artificielles voire pire, par des humains. Sacrilège ultime.

Etions nous aussi naïfs pour penser qu’ils resteraient dans leur coin, sans rien dire, sans rien faire ?

Pourquoi les assistants vocaux nous écoutent

Essayons de replacer tout cela calmement dans le contexte des nouvelles technologies.

Les assistants vocaux ne sont pas arrivés la semaine dernière. En 2004, quand Apple présente Siri sur iPhone, c’est une petit révolution technologique mais elle passe un peu inaperçue. Google lance le sien sur Android mais personne ne semble y prêter plus d’attention. C’est sur téléphone, et on n’a pas encore vraiment l’habitude de les utiliser. C’est à peine si on sait à quoi cela sert.

Et puis ils entrent dans les maisons via des enceintes connectées. Alexa sur Amazon Echo, Google Assistant sur Google Home, Siri sur HomePod. Pour ne citer que les trois plus importants. Ils font sourire au départ, passionnent ensuite les utilisateurs qui leur réservent un accueil très chaleureux. Bien sûr, il se produit quelques incidents. Ce que certains minimisent sous le nom de bugs et que d’autres amplifient sous la formule d’atteinte à la vie privée. Tout le monde découvre en fait, que ces intelligences artificielles nous écoutent.

Les assistants vocaux nous écoutent. Pour au moins trois raisons évidentes.

  1. Ils doivent pouvoir répondre dès que nous les interpellons. « Alexa, quelle heure est il ? », « Ok Google quelle est la météo ? »
  2. C’est en nous écoutant qu’ils s’améliorent, progressent et deviennent toujours plus performants.
  3. Ils recueillent des informations sur nos comportements et notre quotidien. Un jour futur, toutes ces informations personnelles deviendront de la publicité sur les enceintes connectées et les assistants vocaux. La publicité étant le moyen pour les GAFA de monétiser leurs services.

Mais, en Europe et particulièrement en France, on s’émeut de cette utilisation de la vie privée.

L’Amérique a les GAFA, l’Europe le RGPD

Vous avez certainement entendu cette formule. « Quand une idée apparaît, les Etats-Unis en font un business, la Chine une copie et la France, (on pourrait dire maintenant l’Europe) une loi. » Et c’est exactement ce qui se passe dans le cas présent.

L’Europe a été incapable de proposer une alternative aux GAFA. Pas de réseau social, pas de smartphones, pas de moteur de recherche, pas de géant du e-commerce, européens dignes de ce nom.

Alors, le 14 avril 2016, soit plus de 20 après la création d’internet, l’Union Européenne a pris conscience des risques qu’il pouvait y avoir à aller sur la toile. Après de longues négociations, elle met en place le RGPD, le Règlement Général sur la Protection des Données, censé renforcer et unifier la protection de notre vie privée sur internet.

rgpdDepuis le 25 mai 2018, tous les sites, normalement, affichent cette fenêtre qui vous demande si vous acceptez l’utilisation de cookies et autres informations personnelles, souvent à des fin publicitaires.

Nous le disions, tout le modèle économique des GAFA et de la plupart des grands sites internet qu’ils soient réseaux sociaux ou sites de e-commerce repose justement sur l’utilisation des données personnelles afin de proposer les meilleures informations / produits aux internautes.

C’est la parfaite connaissance des goûts, des envies, des habitudes et des espoirs des utilisateurs qui a fait le succès et la fortune des grands sites internet.

Une histoire de gros sous

Ces attaques contre les GAFA permettent de compenser de manière pécuniaire notre incapacité à les concurrencer. Et les réglementations sont surtout là pour permettre à l’Europe d’empocher de fortes sommes d’agent. Comme le rappelait les Echos, les actions contre Google ont rapporté la somme de huit millards de dollars.

C’est sans doute dans ce but, que, toujours sous couvert de protection de la vie privée et de la lutte contre les abus de position dominante, Margrethe Vestager, commissaire européenne à la concurrence veut s’attaquer à Amazon.

Le quotidien économique explique que « La commission européenne soupçonne Amazon d’exploiter à son avantage les données générées par les vendeurs tiers qui utilisent sa plate-forme, où ils représentent près de 60 % du volume des ventes. « En fournissant une place de marché aux vendeurs indépendants, Amazon collecte en permanence des informations sur les activités exercées sur sa plateforme. »

Et on se doute de l’issue de cette enquête. Dommage que toutes les amendes encaissées ne servent pas à soutenir des projet de GAFA européens.

Une violation de la vie privée consentie

Pourquoi ne poserions nous pas la question de la vie privée d’une autre manière : Ne sommes nous pas, nous internautes, les vrais responsables de cette utilisation – jugée abusive – de notre vie privée ?

Prenons un couple au hasard, adepte d’internet. Il raconte une grande partie de sa vie sur Facebook, publie ses meilleures ou pires photos personnelles sur Instagram, donne ses opinions politiques et ses engagements sur Twitter, recommande ses meilleurs restaurants, hôtels et autres loisirs sur TripAdvisor ou Google Map, fait des recherches sur sa santé sur Google ou Doctissimo, cherche du travail sur LinkedIn, fait ses achats sur Amazon, donne des notes sur tous les sites, commande ses repas sur Just Eat, écoute de la musique sur Spotify ou Deezer en partageant sa playlist. En résumé, il vit en ligne !

Il suffit donc de suivre ce couple sur le net pour tout connaitre de sa vie privée, ses enfants, sa famille, ses goûts et le reste.

Les histoires d’employés sanctionnés par leur entreprise pour avoir vertement critiqué le chef ou la direction sont nombreuses et bon nombre de DRH scrutent le net pour compléter le profil des candidats à un poste.

Alors ne sommes nous pas les vrais coupables dans l’utilisation de notre vie privée ? Nous, qui sous prétexte de modernité, de partage, de communication, déballons toute notre vie, sans filtre et sans retenue ? N’offrons nous pas, volontairement, aux GAFA hier et aux Assistants Vocaux demain, toutes les informations dont ils ont besoin pour exister ?

Mais comme toujours, l’être humain ne peut pas être responsable. C’est la télévision qui est responsable du temps que les enfants passent devant l’écran. Ce sont les réseaux sociaux qui sont responsables de la prolifération des fake news. C’est la vitesse en voiture qui cause les accidents. Et on pourrait multiplier les exemples qui montrent que les personnes ne sont jamais responsables. Apparement.

Une invitation au boycott suivi d’une invitation à partager avec des sites pourtant connus pour leur utilisation de la vie privée des utilisateurs.

Mais on préfèrera toujours s’en prendre aux appareils, aux programmes. Jamais aux utilisateurs.

Et il y a fort à parier que tous les détracteurs d’aujourd’hui seront les utilisateurs de demain qui développeront des skills pour Amazon et des actions pour Google afin d’être présents sur les enceintes connectées pour s’adresser au plus grand nombre.

Assistants Vocaux, des outils à contrôler soi-même

Les assistants vocaux, même si l’on parle d’intelligence artificielle, ne sont que des outils destinés à nous… assister. Et ils devraient être considérés comme tels. Certes ils peuvent être imparfaits mais ils peuvent aussi aider de nombreuses personnes dans leur quotidien. Que ce soit pour du divertissement, de l’information ou pour piloter tous les objets connectés dans la maison intelligente. Ils permettent de communiquer très facilement avec ses proches, évitant par exemple, à des personnes âgées de se sentir trop seules.

Il ne s’agit pas de dire que tout le monde est beau, tout le monde est gentil. Comme avec tous les appareils, tous les programmes, nous devons être conscients des risques. Nous devons apprendre à les maîtriser et les contrôler.

Tout a été mis en oeuvre par les développeurs d’assistants vocaux pour assurer la tranquillité des personnes et respecter leur vie privée. Tous les éléments sont réunis pour que nous nous protégions nous même de l’intrusion des assistants vocaux dans notre vie privée.

  • Les enceintes Echo ou Google Home possèdent toutes un bouton physique qui permet de couper le micro. Il existe des caches pour bloquer la caméra quand on dispose d’un écran intelligent.
  • Alexa et Google Assistant autorisent la programmation de routines. Il s’agit d’actions qui vont se déclencher automatiquement soit par la voix, soit à certaines heures évitant ainsi d’avoir à parler et donc d’être écouter.
  • Chaque application que vous installez sur votre smartphone, que ce soit Google ou Amazon propose, dans ses réglages, des rubriques traitant de la vie privée.

Forts de ces informations, en quelques secondes, nous pouvons avoir la paix sans pour autant faire l’impasse sur un appareil qui, dans un futur très proche, sera aussi banal et utile qu’un smartphone.

Alors ne nous engageons pas dans les mêmes combats, perdus d’avance, que ceux que nous avons connus à l’arrivée d’internet, des smartphones et des réseaux sociaux. Tout était nouveau, tout était dangereux. On voit où nous en sommes aujourd’hui.

Et n’en déplaise aux esprits chagrin qui penseront toujours que le progrès est une mauvaise chose. Invitons les assistants vocaux à entrer dans nos vies et nos domiciles. Utilisons les pour qu’ils nous divertissent, nous informent et nous assistent dans de nombreuses tâches quotidiennes.

Mieux, participons nous aussi à leur évolution pour qu’ils deviennent toujours meilleurs et que, pendant qu’ils s’occupent entre autre de fermer les volets, passer l’aspirateur, régler les thermostats, nous ayons plus de temps à consacrer à nos proches au son d’une playlist romantique, diffusée sur notre enceinte connectée.

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