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Taiwa : « avec le In-Skill Purchasing, les développeurs pourront vivre de leur activité »

Le 20 novembre 2019, Amazon faisait une annonce importante à destination de tous les développeurs d’applications destinées à Alexa, son assistant vocal. Cela s’appelle le In-Skill Purchasing. C’est la possibilité de monétiser les skills. En France, la société Taiwa avait été sélectionnée par Amazon pour tester cette nouvelle fonctionnalité. Manuel Briand, CEO de Taiwa nous explique les changements que le In-Skill Purchasing implique pour les développeurs et pour le public.

Avec 2000 skills dans sa boutique, Amazon propose des expériences multiples de divertissements, d’information et de domotique. Tout cela via son assistant vocal Alexa. Toutes ces fonctionnalités sont développées principalement par des sociétés extérieures à Amazon. Mais jusqu’à ces derniers jours, tout ce travail était un peu réalisé pour les beaux yeux de la princesse.

Certes pour ces agences « développeuses » de skills, c’était un bon moyen de comprendre le fonctionnement d’Alexa, d’augmenter leurs compétences et de développer des applications qui créent de l’engagement. Mais il fallait une véritable motivation et des moyens pour persévérer. Avec l’annonce par Amazon du In-Skill Purchasing, ces sociétés entrent dans une nouvelle phase de leur activité avec satisfaction.

« Amazon est très fort dans le soutien aux développeurs »

manuel briand
Manuel Briand satisfait de la
monétisation des skills

Pour Manuel Briand, co-fondateur de Taiwa, cela va obliger à travailler d’avantage sur la qualité des applications. « Quand on regarde aujourd’hui ce qui est proposé, nous trouvons beaucoup de skills de bruits d’ambiances ou des petites skills avec peu de contenu. Pour les développeurs, le In-Skill Purchasing va supposer plus de réflexion et plus de temps pour créer de nouveaux contenus avec une vraie valeur ajoutée pour le client. Le but n’est pas de faire payer, pour faire payer, mais de proposer des skills toujours plus engageantes pour l’utilisateur. »

Taiwa propose de nombreuses skills, notamment des quizz sur le cinéma, les séries, la musique. Mais il développe aussi des skills pour des clients comme BFM TV ou Home Serve. Une des satisfaction de Manuel Briand est le soutien qu’il trouve chez Amazon pour parfaire son travail. « Amazon est très fort dans le soutien aux développeurs. Ils ont créé une communauté de développeurs qu’ils entretiennent avec des ateliers, des tutos. Il y a beaucoup de ressources, pour les développeurs, une énorme documentation, beaucoup de codes et de lignes de codes qui sont mises à disposition. Des interfaces sont même créées pour ceux qui ne savent pas coder. En fait Amazon met tout en place pour permettre de developper dans de bonnes conditions.

Nous sommes très bien accompagnés par la communauté Amazon et par Amazon elle-même qui anime cette communauté. Si cela doit continuer comme cela, ça va donner envie aux développeurs de s’impliquer de plus en plus. »

Le ISP a permis la création d’entreprises aux Etats-Unis

fondateurs Taiwa
De gauche à droite, Manuel Briand, Simon Thenoz et Julien Boyer les trois fondateurs de Taiwa

Cette monétisation des skills existe depuis le mois de mai 2018 aux Etats-Unis avec pour conséquence directe l’augmentation importante du nombre de skills dans le store Amazon. Difficile de savoir ce que cela représente en terme de chiffre d’affaires mais le responsable de Taiwa reconnait que cela a permis la création de nombreuses sociétés comme la sienne aux Etats-Unis. Des sociétés qui peuvent vivre de cette activité. Ce qui laisse présager le meilleur pour la France aussi.

Même si certains pourront considérer qu’il s’agit là encore d’une forme d’ubérisation de cette activité, le grand gagnant ne devrait pas être uniquement Amazon. Manuel Briand se veut confiant sur ce point. « C’est vrai que cela va permettre à Amazon de dégager des revenus importants, mais c’est aussi une bonne nouvelle pour les développeurs qui vont pouvoir vivre de cette activité. Bonne nouvelle également pour les consommateurs qui devraient continuer à avoir des skills de qualité. Tout le monde devrait être gagnant. »

Des paiements par la voix adaptés aux skills

Alors qu’est ce que cela va changer pour l’utilisateur, au delà du fait qu’il devra faire jouer sa carte bancaire.

Parce que ces skills, c’est aussi ce qui fait la richesse d’Alexa. Une multitude de fonctionnalités qui donnent accès gratuitement à des jeux, des médias et cette gratuité reste très importante.

Avec le In-Skill Purchasing, ce seront donc plus de skills pour les clients avec des expériences plus intenses dans l’utilisation.

skills taiwa
Taiwa, un exemple de skills engageantes

Il existe trois formes de monétisation. L’achat unique, l’abonnement et l’achat de «consommables ». Lors de sa période de test, Taiwa a mis en place deux formules de monétisations, adaptées aux skills qu’ils développaient.

« Pour le moment, nous n’utilise que deux types de paiement. Sur Cine Quizz, un quizz qui se joue en solo ou multi-joueurs autour d’extraits de cinéma, nous avons mis le « one time purchase », l’achat unique. Le joueur est limité à trois jeux par semaine et s’il veut jouer en illimité, il lui faut acheter le jeu, ce qui nous semblait être le plus cohérent. Cela débloque le jeu de manière permanente. Alexa lui propose donc de l’acheter, s’il confirme, elle lui présente les informations sur le jeu, les prix et les fonctionnalités. Puis il y a deux validations pour confirmer l’achat. C’est aussi simple que cela.

Pour la skill Film du Jour, nous avons choisi le mode abonnement. Il y a tous les jours un nouveau film à découvrir, avec une compétition au mois. Pour nous c’était pertinent d’avoir un abonnement mensuel dans ce cas là. Abonnement qui donne un léger avantage au joueur par rapport au joueur gratuit.

Dans les deux cas, nous avons intégré l’offre d’achat de manière très naturelle. Il était important de ne pas casser l’expérience utilisateur. Et tout cela se passe bien évidemment par la voix. »

L’achat de consommables n’était pas adapté aux skills développées par Taiwa pour le moment. En fait cet achat ressemble à ce qui existe déjà avec les jeux sur consoles, l’achat de vies, de pouvoirs ou d’indices pour progresser.

Un contenu plus engageant pour le consommateur

Une des craintes est de voir se multiplier des skills avec un free tour plus ou moins long pour toujours inciter le client à acheter. Mais le patron de Taiwa se veut rassurant.

« Ce sera à chacun de faire le choix de proposer une belle partie gratuite ou un free tour qui oblige presque à acheter pour jouer. Dans ce dernier cas, l’utilisateur n’aura sans doute pas envie d’acheter. On le voit déjà sur les applications mobiles, celles qui marchent sont celles qui sont à la base gratuites. On achète ensuite une petite expérience supplémentaire ou des bonus pour continuer l’aventure.

L’obligation pour nous, comme pour tout développeur, va être de faire vivre la skill en permanence. Il nous faut ajouter du contenu tous les jours ou toutes les semaines ou tous les mois. C’est comme cela qu’on suscite l’intérêt du consommateur. S’il fait le tour du jeu à sa première partie, il n’a aucune raison de revenir. »

La monétisation des skills ne concerne pas uniquement les jeux. C’est sans doute ce qu’attendaient beaucoup de médias, journaux, magazines ou même radios avant de proposer leur contenu sur les assistants vocaux. Toujours selon Taiwa, qui a développé entre autres une skill pour BFM TV, cela permettra « d’acheter son abonnement pour son journal sur Alexa et retrouver la version écrite sur son mobile. »

Des paiements via son compte Amazon

Pour utiliser les skills, il faut avoir un compte Amazon. Dès lors, c’est la carte bancaire enregistrée pour ce compte qui sera utilisée pour tout achat, que ce soit l’abonnement, l’achat unique ou les consommables.

Les tarifs sont fixés par les développeurs eux-mêmes et Amazon touche 30% du prix de vente. Avec un avantage pour les clients premium qui bénéficieront de tarifs préférentiels. Une baisse prise en charge par Amazon, ce qui ne changera donc rien pour le créateur de la skill.

Se poser les bonnes questions avant de démarrer

L’annonce du ISP par Amazon peut susciter des vocations, mais avant de se lancer dans cette nouvelle activité, il est bon de prendre en compte quelques conseils.

Pour Manuel Briand, il faut se poser beaucoup de questions. « Avant même de commencer à développer une skill, il faut réfléchir à la skill qu’on veut créer. Quel va-t-être son usage, sa valeur ajoutée pour l’utilisateur, quand va-t-il l’utiliser, pourquoi devrait-il l’utiliser plusieurs fois par jour ou par semaine. » Ensuite, il faut préparer un continu de qualité, savoir s’il sera uniquement sonore ou également visuel. Les skills multimodales sont de plus en plus recherchées avec le succès des Echo Show. Ensuite, il sera temps de passer au développement de la skill elle-même.

Et le patron de Taiwa n’hésite pas à rappeler d’autres principes pour fidéliser les clients. « Dans un premier temps, la skill doit présenter un contenu freemium de qualité. Il faut que le client puisse utiliser la skill sans avoir besoin d’acheter. Et s’il aime la skill, il se fidélisera et aura envie d’en avoir plus. C’est seulement à ce moment qu’il aura envie d’acheter les plus de la skill. »

Taiwa fêtera en février prochain son premier anniversaire. Ils ont développé de nombreuses skills soit en leur nom, soit pour des clients et ne comptent pas s’arrêter là comme l’explique son fondateur « Il y a toujours plus d’intérêt autour des assistants connectés donc nous sommes très contents et on espère évoluer dans ce sens là. Pour le moment on est encore un équipe jeune, le ISP est tout récent mais dans le futur, on devra peut-être trouver de nouveaux collaborateurs, des créateurs de contenus, des sortes d’écrivains qui vont imaginer une histoire, des jeux… »

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