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« La monétisation est une priorité » Philippe Daly, General Manager Alexa Skills

Arrivé chez Amazon il y a 6 ans, Philippe Daly a d’abord été en charge du business development pour l’App Store Amazon avant d’intégrer la régie publicitaire d’Amazon (Amazon Advertising). Il y a un peu moins de deux ans, il rejoint l’organisation Alexa avec pour mission de lancer l’activité Skills en France. Sa mission, avec une équipe d’une dizaine de personnes, consiste à accompagner les développeurs, petits et grands, dans leur conception des expériences au travers de Skills pour permettre aux clients qui possèdent un Echo ou un appareil équipé d’Alexa de personnaliser leur expérience.  Le Journal de la Voix a eu le privilège de pouvoir interviewer Philippe Daly pour connaître à la fois sa vision du Skill Store et donner des pistes sur le futur des Skills et du Skill Store aux développeurs Français.

Journal De la Voix : Quelle est ta vision pour le Skill Store Français ?

Philippe Daly
Philippe Daly – General Manager Alexa Skills pour la France

Philippe Daly : Notre vision c’est via Alexa et les Skills de permettre au client d’aller vers plus de personnalisation et plus d’engagement. Il y plusieurs critères qui vont rentrer en compte. La qualité est évidemment clé. Dans tout ce que nous faisons, nous allons toujours chercher à apporter une expérience qualitative, plutôt qu’une multitude d’expériences assez moyennes.

Toutes les initiatives qui viennent à récompenser les développeurs vont dans ce sens-là. Nous souhaitons absolument apporter les meilleures expériences au client final. Nous allons par exemple apporter la meilleure documentation possible pour que le développeur puisse lui-même créer une meilleure Skill.

Les meilleures Skills sont évidemment les Skills les plus engageantes, celles avec lesquelles les clients vont interagir de manière la plus fréquente possible. Et pour améliorer les Skills, il y a depuis récemment un sujet assez important : le multimodal

Le multimodal c’est le fait de pouvoir augmenter l’expérience audio via l’écran. Via l’Echo Spot nous avons déjà des expériences multimodales assez avancées. Dans le futur, nous souhaitons que cela devienne un standard car nous remarquons un engagement plus fort de la part des clients qui utilisent des Skills multimodales.

C’est donc un message que nous souhaitons envoyer aux développeurs : concentrez-vous sur le multimodal et offrez des expériences riches. Cela débouchera sur d’avantage d’engagement et donc nous permettra de les pousser au sein du Skill Store.

JDV : Comment se fait la promotion des Skills ?

Ph. D. : Il y a différents moyens de promouvoir une Skill. Il y tout d’abord la Newsletter hebdomadaire dans laquelle nous suggérons l’utilisation de Skills. Il y a ensuite le Skill Store en tant que tel qui nous offre des moyens de mise en avant. Et puis il existe d’autres options qui consistent à travailler avec les équipes qui sont en charge de l’expérience autour d’Alexa (pas les Skills mais quand Alexa prend la parole directement). Alexa va par exemple poser une question comme « ça va ? » et en fonction de la réponse, suggérer une Skill pour se détendre ou s’amuser par exemple.

Et puis nous essayons de rendre un service simple et efficace quand une demande est formulée. Par exemple quand je demande « Alexa qu’est ce qu’il y a à la télé ce soir ?», je n’invoque pas directement une Skill. Charge à nous de choisir la Skill qui va répondre le plus efficacement à cette demande. En l’occurrence sur cette demande là nous avons fait le choix de Télé Loisirs.

JDV : Combien il y a-t-il de Skills et de développeurs sur le Skill Store ?

Ph. D. : Comme le Journal de la Voix l’a remarqué, nous avons passé la barre des 1000 Skills début Janvier. Nous avons communiqué dessus la semaine dernière en mettant en avant les skills les plus engageantes et en montrant le champ des possibles.

Aujourd’hui il y a des milliers de développeurs qui ont créé leur compte sur le portail de développement. Tous ne sont pas au stade de la soumissions de Skills (pour certification puis publication. NDLR). Il y a aussi des développeurs qui ont soumis plusieurs Skills. Nous analysons cela et essayons d’accompagner tous les développeurs jusqu’à la dernière étape qui est donc la soumission de la Skill.

JDV : Quelle est l’ambition pour la fin 2019 ? Le Skill Store Allemand est lui à plus de 8000 Skills.

Ph. D. : Je ne pense pas qu’il faille raisonner en termes de nombre de Skills et il faut être prudent quand on fait des parallèles entre les différents pays. Le focus est sur la qualité plutôt que la quantité. Nous écoutons nos clients et leur feedback sur des expériences ou Skills manquantes et essayons de migrer ces Skills vers la France si elles existent à l’étranger.

L’idée est aussi de continuer à apporter une expérience qui est française. Il va forcément manquer des marques qui sont significatives dans l’esprit des Français et charge à nous de les convaincre de faire l’effort de développer une Skill. Beaucoup sont d’ailleurs en train d’être soumises.

La vision pour la fin de l’année est de continuer à enrichir l’expérience, de rendre Alexa et les Skills toujours aussi attractives pour les clients avec toujours autant de variété mais aussi encore plus de qualité. Et puis nous allons continuer à lancer de nouveaux appareils et de nouvelles expériences.

Alexa Skill Store

JDV : Qu’en est-il des possibilités de monétisation ? 

Ph. D. : Ce que je peux déjà dire c’est qu’en réalité il existe déjà des moyens de monétiser en France. Amazon Pay est une fonctionnalité qui existe et peut être intégrée au sein d’une Skill. Par exemple en Décembre, la Skill Téléthon permettait aux utilisateurs français de faire un don via Amazon Pay.

Aux États-Unis, en Angleterre et dans plein d’autres pays (Allemagne et Japon NDLR), il y a un programme qui s’appelle Alexa Developer Rewards. Ce programme vise à récompenser des développeurs, des petites structures qui conçoivent des Skills très engageantes dans une liste de catégories définies. C’est un programme qui permet aux jeunes pousses de vivre et de réinvestir dans le développement de Skills. Le dernier point – qui n’est disponible qu’aux États-Unis – s’appelle In Skill Purchase (ISP).

Nous sommes conscients que la monétisation est une priorité. Nous prévoyons un déploiement de ces programmes (Alexa Developer Rewards et ISP) dans tous les pays et notamment la France. Je ne peux pas partager la roadmap mais c’est une très haute priorité. Je ne peux annoncer de date, mais « stay tuned ».

JDV : Pourquoi autant de délais entre le lancement aux États-Unis et l’introduction en France ?

Ph. D. : Il existe toujours des challenges aussi technologiques que légaux. Et puis rappelons-nous qu’Alexa n’a été lancée en France qu’en Juin dernier. Il faut du temps pour structurer tout cela et garantir la qualité. Il existe aussi un ordre dans le lancement : après les États-Unis viennent le Royaume Uni puis l’Allemagne et enfin la France.

JDV : Peux-tu nous apporter des clarifications sur le process de certification des Skills qui semble parfois chaotique pour les développeurs ?

Ph. D. : Ce qu’il faut savoir c’est que toutes les Skills françaises sont testées par des testeurs francophones. Peu importe l’endroit où ils sont basés, ils sont francophones. Ensuite il faut aussi savoir que, si lors des tests, il existe une raison de rejeter la Skill, alors le process s’arrête et le développeur est informé du problème identifié. Ce n’est qu’une fois le problème réglé et la Skill remise en certification que le process continue.

JDV : Il se murmure qu’il sera bientôt possible de faire de la publicité sur le Skill Store, comme c’est déjà le cas sur l’App Store ou la Play Store, qu’en est-il ?

Ph. D. : Ce n’est pas prévu. Nous ne voulons pas en effet biaiser les Skills mises en avant pour les clients. Le focus reste la qualité. C’est le seul critère qui permet à une Skill d’être mise en avant.

JDV : Peux-tu nous parler de tes équipes ?

Ph. D. : Il y a différents métiers. Il y a tout d’abord des business développeurs qui ont la charge d’aller au contact de certaines marques que l’on accompagne. Ceux-ci travaillent en binôme avec des Solutions Architect qui sont les personnes qui ont le savoir-faire technique et qui vont aller un peu plus en profondeur dans les éléments liés au développement et aussi au UX design (le design conversationnel), une composante très importante de cette économie-là.

Le design conversationnel est une vraie expertise : on ne conçoit pas une Skill comme on conçoit une application mobile ou comme on conçoit un chatbot. Les développeurs qui ont conçu des Skills ont découvert cela avec nous. On a essayé de les accompagner et les 260 Skills que nous avons eu lors du lancement sont pour une large majorité d’entre elles des Skills de développeurs que nous avons accompagnés.

Dans les autres métiers que nous avons, il y a le Marketing. Il y a une personne qui est en charge des mises en avant (de Skills), de l’animation du Skill Store, de faciliter la découverte des Skills via la parole.

Il y a enfin deux autres métiers. Il y a une personne qui s’occupe de tous les programmes à destination de la communauté élargie des développeurs. Il y a un portail de développeurs (developper.amazon.com). C’est le portail par lequel les développeurs peuvent créer leurs comptes, trouver la documentation et rencontrer les équipes d’Alexa lors d’événements que l’on organise (workshop, webinar, meetup) et aussi des programmes d’incentives que l’on met en place pour inciter les développeurs à créer des Skills.

Nous avons organisé un challenge en 2018 avec plus de 30000€ de « cash price » pour récompenser les concepteurs de skills les plus innovantes, les plus performantes et nous avons eu de jolies surprises.

Pour finir, il y a un Technical Evangelist, Benoit Nachawati, qui est la voix et le visage d’Alexa Skills à l’extérieur. C’est lui qui va à la rencontre des développeurs. C’est le point de contact pour tout le monde.

Cela fait au total une équipe d’un peu moins de 10 personnes.

JDV : Pour finir, quels seraient tes conseils pour les développeurs ?

Ph. D. : Tout d’abord, se familiariser avec les Skills existantes, les tester, bien regarder l’expérience qu’elles offrent et s’en inspirer sans copier. Cela afin d’identifier une ou des expériences qui n’existent pas encore.

Ensuite il faut oublier tout ce qui a pu être fait auparavant et créer un vrai design conversationnel. Il faut miser sur l’immédiateté. Il faut aussi intégrer la multimodalité. Comme expliqué auparavant, APL (Alexa Presentation Language) doit être une priorité, devenir un standard.

Pour les développeurs ayant déjà une marque ou des utilisateurs, il très important de rester cohérent, de bien rester aligné sur la marque et sa voix.

Enfin, la production audio est un must. Le TTS (Text To Speech) a ses limites. Il faut mieux une voix qui se distingue clairement. La Skill « Hondelatte raconte » est sur ce point remarquable.

(propos recueillis le 22.02.2019)

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